(Accouplements : une rubrique où l’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)
Qu’ont en commun Gilles Marcotte, Jean-François Nadeau et Patrick Nicol ? La chanson «Les pauvres» de Plume Latraverse.
Le premier aimait le chanteur — «J’aime beaucoup, et je remercie mon fils de me l’avoir fait connaître ! […] Je n’écouterais pas Plume pendant très longtemps, mais de temps à autre ça fait du bien […]» (Entretiens, p. 27) — et plus particulièrement cette chanson.
Quatre de ses vers se trouvent en épigraphe du premier chapitre de l’essai les Têtes réduites de Nadeau : «Les pauvres sortent dans la rue / C’est pour tomber su’ l’cul / Y reçoivent des briques su’a tête / Pour eux le temps s’arrête» (p. 11).
Un court passage du roman Terre des cons de Patrick Nicol donne à voir une expérience pédagogique qui tourne mal. Les étudiants du narrateur, qui est professeur de cégep, sont incapables, ou refusent, de voir l’ironie de la chanson (p. 44-45). Le constat est sombre : «nous avons désappris l’ironie» (p. 45).
Relisant ce passage, l’Oreille tendue s’est souvenue de discussions qu’elle a eues il y a plusieurs lustres avec des collègues qui enseignaient aux aussi au collégial. Ces collègues lui expliquaient que leurs élèves peinaient à percevoir l’ironie de Candide, de Voltaire. L’Oreille en avait été fort marrie, elle qui prenait toujours ce conte en exemple quand elle essayait de définir l’ironie.
Ne pas percevoir l’ironie des «Pauvres» ou de Candide, n’est-ce pas complètement passer à côté de ces œuvres ?
Références
Nadeau, Jean-François, les Têtes réduites. Essai sur la distinction sociale dans un demi-pays, Montréal, Lux éditeur, 2024, 236 p., p. 176-177.
Nicol, Patrick, Terre des cons. Roman, Montréal, La mèche, 2012, 97 p. Deuxième édition : 2018.
Popovic, Pierre, Entretiens avec Gilles Marcotte. De la littérature avant toute chose, Montréal, Liber, coll. «De vive voix», 1996, 192 p. Ill.




