L’oreille tendue de… Philippe Manevy

Philippe Manevy, la Montagne ardente, 2026, couverture

«Au commencement, ce ne sont que des apparitions furtives, au loin; un vrombissement, un éclat métallique dans un nuage de poussière, et tous interrompent la moisson en cours pour suivre la comète qui s’enfuit, tendre l’oreille vers le grondement qui monte et s’efface tout aussi vite. Quelques secondes, on a eu la preuve qu’un autre monde existe, un univers dont on soupçonnait jusqu’alors l’existence sans parvenir à l’imaginer vraiment; dans des villes lointaines, des hommes vivent dans un siècle plus neuf, fait de lumière, de vitesse et de bruit. Mais la chose a disparu aussi vite qu’elle était venue et l’on s’interroge du regard : est-ce qu’on a bien vu ?»

Philippe Manevy, la Montage ardente. Récit, Montréal, Leméac, 2026, 289 p., p. 128.

 

P.-S.—L’Oreille tendue a présenté ce texte le 9 juillet 2026.

Autopromotion 910

«Machines de théâtre», dixième volume des planches de l’Encyclopédie, Paris, 1772, deuxième section, planche IX

La 712e livraison de XVIIIe siècle, la bibliographie de l’Oreille tendue, est servie.

La bibliographie existe depuis le 16 mai 1992. Elle compte 82 300 titres.

À partir de cette page, on peut interroger l’ensemble des livraisons grâce à un rudimentaire moteur de recherche et soumettre soi-même des titres pour qu’ils soient inclus dans la bibliographie.

 

Illustration : «Machines de théâtre», dixième volume des planches de l’Encyclopédie, Paris, 1772, deuxième section, planche IX

Réglons deux choses avec Philippe Manevy

Philippe Manevy, la Montagne ardente, 2026, couverture

Dans son récit la Montagne ardente (2026), Philippe Manevy se montre sensible à la comparaison entre ses «deux pays» (p. 127, p. 279, p. 282), la France (d’origine) et le Québec (d’adoption).

C’est notamment le cas en matière d’accent (familial) :

Il n’en reste rien, aujourd’hui. Quand l’ai-je perdu ? Sans doute au cours de mes études parisiennes, où cette marque de provincialisme me semblait accentuer mon infériorité. L’effacement s’est opéré assez vite, puisqu’en deux ans à peine, je devisais comme n’importe quel intello de la rive gauche. Et c’est un dernier sujet d’étonnement : comment ai-je fait, moi qui suis incapable d’adopter le bon accent quand j’apprends une langue étrangère, moi qui ne parviens pas à me fondre dans la langue québécoise pour passer inaperçu ? Quelle force impérieuse m’a poussé à effacer, dans ma voix, celle de mon père et celle de [mon grand-père] Joseph ? (p. 108)

Réglons une première chose : la «langue québécoise», ça n’existe pas. Au Québec, on parle français, français du Québec, français québécois, mais pas une langue à part, différente du français. (Oui, c’est une des nombreuses marottes de l’Oreille tendue. Ça va mieux, merci.)

Réglons une deuxième chose : Philippe Manevy emploie, histoire de passer «inaperçu», quelques expressions locales. Des exemples ? «Mets ça dans ta pipe, Joseph […]» (p. 125). «Les soldats démobilisés comme lui font du pouce sur les routes […]» (p. 169). Resté en France, aurait-il écrit «veston» (p. 238) ou «veste» ?

L’intégration, bref, se passe bien.

P.-S.—Faut-il lire la Montagne ardente ? Oh ! que oui !

 

Référence

Manevy, Philippe, la Montage ardente. Récit, Montréal, Leméac, 2026, 289 p.

Mal typographique

Manuel d’utilisation d’une machine à écrire Underwood, couverture

Soit les deux phrases suivantes, tirées de textes québécois récents, la première d’un roman, la seconde d’un recueil d’articles.

«Enveloppé de frissons — mauvaise grippe — je rêve que tu es au pied de mon lit […].»

«Qu’on soit d’accord ou non avec ses coups — de gueule ou de chapeau — [ce critique] se révèle beaucoup en parlant des autres.»

Qu’ont-elles en commun ? Dans les deux cas, en bonne typographie française, il devrait y avoir une virgule après le deuxième tiret (—).

Comment l’expliquer ? Probablement pour une raison logicielle : la version anglaise de Microsoft Word retire automatiquement les virgules après le tiret (ce serait une règle de la typographie anglaise).

Il y a donc des éditeurs infoutus de configurer correctement leurs logiciels. En 2026. L’Oreille tendue pleure.

Vieilles barbes

Bob Bissonnette, les Barbes des séries, 2012, pochette

La pratique est commune dans le monde du hockey : quand commencent les séries éliminatoires, des joueurs cessent de se raser. Ils arborent une barbe des séries. (Encore faut-il avoir de la barbe : les joueurs des Canadiens de Montréal, en 2026, ont eu du mal à faire exister la leur. Ils sont encore bien jeunes.)

La pratique est au moins centenaire : une caricature de 1926, reproduite par Don Weekes dans son livre Picturing the Game, l’évoque. «Abie Adenoid swore that he wouldn’t shave until Maroons won Stanley Cup» (p. 103, Abie Adenoid a juré qu’il ne se raserait pas tant que les Maroons n’auraient pas remporté la Coupe Stanley). Qui est cet «Abie Adenoid» ? L’Oreille tendue l’ignore, mais il ne semble pas qu’il s’agisse d’un joueur des Maroons.

La pratique est à transmettre aux jeunes générations, comme le fait Olivier Niquet dans Savais-tu ? Sport. Le hockey (2025) :

Savais-tu que les joueurs de hockey sont parfois superstitieux ? Sidney Crosby ne communique jamais avec sa mère les jours de match parce que ça lui porterait malheur. Patrick Roy, lui, parlait aux poteaux de son filet pendant les parties pour implorer leur aide. Durant les séries éliminatoires, certains se laissent même pousser une barbe. C’est la fameuse barbe des séries (p. 36-37).

La pratique est enfin musicale, comme le savent les fans de Bob Bissonnette.

 

Références

Niquet, Olivier, Savais-tu ? Sport. Le hockey, Montréal, Éditions Michel Quintin, 2025, 62 p. Illustrations d’Hugo G. L’Éclair.

Weekes, Don, Picturing the Game. An Illustrated Story of Hockey, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2023, xviii/390 p. Ill.