Accouplements 277

Patrick Nicol, Terre de cons, 2012, couverture

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

Qu’ont en commun Gilles Marcotte, Jean-François Nadeau et Patrick Nicol ? La chanson «Les pauvres» de Plume Latraverse.

Le premier aimait le chanteur — «J’aime beaucoup, et je remercie mon fils de me l’avoir fait connaître ! […] Je n’écouterais pas Plume pendant très longtemps, mais de temps à autre ça fait du bien […]» (Entretiens, p. 27) — et plus particulièrement cette chanson.

Quatre de ses vers se trouvent en épigraphe du premier chapitre de l’essai les Têtes réduites de Nadeau : «Les pauvres sortent dans la rue / C’est pour tomber su’ l’cul / Y reçoivent des briques su’a tête / Pour eux le temps s’arrête» (p. 11).

Un court passage du roman Terre des cons de Patrick Nicol donne à voir une expérience pédagogique qui tourne mal. Les étudiants du narrateur, qui est professeur de cégep, sont incapables, ou refusent, de voir l’ironie de la chanson (p. 44-45). Le constat est sombre : «nous avons désappris l’ironie» (p. 45).

Relisant ce passage, l’Oreille tendue s’est souvenue de discussions qu’elle a eues il y a plusieurs lustres avec des collègues qui enseignaient aux aussi au collégial. Ces collègues lui expliquaient que leurs élèves peinaient à percevoir l’ironie de Candide, de Voltaire. L’Oreille en avait été fort marrie, elle qui prenait toujours ce conte en exemple quand elle essayait de définir l’ironie.

Ne pas percevoir l’ironie des «Pauvres» ou de Candide, n’est-ce pas complètement passer à côté de ces œuvres ?

 

Références

Nadeau, Jean-François, les Têtes réduites. Essai sur la distinction sociale dans un demi-pays, Montréal, Lux éditeur, 2024, 236 p., p. 176-177.

Nicol, Patrick, Terre des cons. Roman, Montréal, La mèche, 2012, 97 p. Deuxième édition : 2018.

Popovic, Pierre, Entretiens avec Gilles Marcotte. De la littérature avant toute chose, Montréal, Liber, coll. «De vive voix», 1996, 192 p. Ill.

Double fièvre

Nous en avons déjà parlé : Guy Lafleur — c’est du hockey — a servi plusieurs fois de véhicule publicitaire.

En préparant un entretien (voir ici) avec Karim Benessaieh, du quotidien la Presse+, l’Oreille tendue a en trouvé un nouvel exemple.

Se demandant de quelle époque datait l’expression «la fièvre des séries» — dans la presse écrite, elle semble apparaître à la fin des années 1960 avant de devenir particulièrement populaire dans les années 1990 —, l’Oreille est tombée sur ceci, dans la Presse du 15 avril 1993 et des jours suivants.

«Vivez la fièvre du sirop et la fièvre des séries avec Guy Lafleur», publicité, 1993

«Vivez la fièvre du sirop et la fièvre des séries avec Guy Lafleur», recommande-t-on à Québec, la ville des Nordiques. Espérons que ce n’était pas du sirop de poteau.

P.-S.—L’expression «fièvre des séries» est venue concurrencer «fièvre du hockey», qui existe depuis au moins les années 1930. L’une et l’autre cohabitent aujourd’hui, mais la première prédomine, surtout au printemps — comme le sirop d’érable.

Gros bobo

Charles Malo Melançon, Erreur 404, octobre 2021

Ô bénéficiaires !

Pour des raisons inconnues de nos services, l’Oreille tendue — le blogue, pas la blogueuse — a été la victime d’attaques numériques massives depuis samedi matin. C’est ce qui explique son silence depuis.

Notre équipe technique (n=1) s’affaire à corriger la situation, mais il y a des embûches sur son chemin.

Le retour sera progressif. Touchez du bois et gardez l’oreille tendue.

Et merci de votre compréhension.

L’OT

L’oreille tendue de… Alexie Morin

Alexie Morin, la Maison du rang Lynch, 2025, couverture

«Si la moindre logique spatiale s’appliquait encore, que le plan de la maison était seulement inversé, ça signifiait que Raphaëlle était de l’autre côté du corridor, et qu’il devait traverser. Il n’avait qu’à tendre l’oreille et suivre les pleurs. Il remplit ses poumons et retint son souffle.»

Alexie Morin, la Maison du rang Lynch. Roman. Le cycle de Wickford Mills, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 203, 2025, 394 p., p. 41.

Accouplements 276

Douze hommes rapaillés, 2008, pochette

(Accouplements : une rubriquel’Oreille tendue s’amuse à mettre en vis-à-vis deux œuvres, ou plus, d’horizons éloignés.)

En ses vertes années, l’Oreille tendue croisait à l’occasion Gaston Miron. Elle l’a entendu s’interroger sur le traitement de texte. «Pourquoi un traitement de texte ? Mes textes ne sont pas malades» (citation 100 % approximative).

Plume Latraverse ne semble pas penser différemment :

«Faudrait que je soigne mon langage, c’est c’qu’elle me dit
Comme s’il y avait dans mon langage une maladie»
Plume Latraverse, «Les grands moyens (Ma femme me tape)»

 

Référence

Latraverse, Plume, Tout Plume (… ou presque). Chansons, nouvelle édition. 1964-2009, Montréal, Typo, 2014. Édition numérique.